Les gazoducs entre l’Europe, la Russie et le Caucase
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La guerre en Ukraine a bouleversé les importations de gaz naturel vers l’Union européenne (UE), jusqu’alors dominées par le gaz russe et essentiellement distribuées par un vaste réseau de gazoducs terrestres et sous-marins. L’UE a fait face à cette situation d’une part en réduisant sa consommation de gaz, d’autre part en faisant davantage appel au notamment des Etats-Unis. Planète Energies vous explique tout sur ce réseau de gazoducs en pleine mutation.
Les gazoducs entre l'Europe, la Russie et le Caucase












































GAZODUC
TAP (TRANS ADRIATIC PIPELINE)Capacité : 10 Gm 3 /an,
doublée ensuite
Longueur : 880 km
Origine du gaz : Azerbaïjan
Trajet (à partir de la Turquie) : Bulgarie - Grèce - Albanie - mer Adriatique - Italie
Il complète le corridor gazier sud-européen en arrivant, sous la mer Adriatique, dans le sud de l’Italie.


Pipeline ; BP ; Natural Gas Europe ; Nord Stream ; South
Stream Transport 5ème Gauche pour planete-energies.com






République Tchèque - Allemagne/Bénélux/France et Autriche - Italie/Slovénie/Croatie












Pipeline ; BP ; Natural Gaz Europe ; Nord Stream ; South
Stream Transport 5ème Gauche pour planete-energies.com
La part du gaz russe est passée de quelque 45 % en 2021 à moins de 15 % en 2023. Pas loin de la moitié de la fourniture de gaz par la Russie est maintenant assurée par le GNL russe. Les importations de gaz russe par gazoducs ne représentent plus qu’environ 8 % du total des importations européennes en 2023. Le principal fournisseur de l’Europe est désormais la Norvège, suivie des États-Unis, de la Russie et de l’Afrique du Nord. Des tableaux récapitulatifs publiés par le Conseil européen sont consultables ici.
Voici les principales routes de ce vaste réseau de gazoducs qui sillonne l’Europe, la Russie et le Caucase :
Au nord
Brotherhood – Du temps de l’Union soviétique, 80 % du gaz russe transitait par ce gazoduc, Brotherhood (complété par Soyouz), qui traverse l’Ukraine. Cette liaison a survécu à la chute de l’URSS (1991) et même, paradoxalement, à près de trois ans de guerre entre la Russie et l’Ukraine. Mais le contrat de transit a pris fin au 31 décembre 2024, date normale de son échéance, et n’a pas été renouvelé. Il prive la Russie de revenus et l’Ukraine de droits de transit. Il conduit l’Europe à poursuivre sa recherche de nouveaux fournisseurs et d’alternatives de liaisons, tant par le nord que par le sud.
Yamal – Situé plus au nord, Yamal (ou Yamal-Europe), long de 4 000 km, traverse la Biélorussie et la Pologne. Il est hors service depuis 2022.
Nord Stream – A partir de 2005, la Russie et l’Allemagne ont engagé la construction d’un gazoduc reliant directement les deux pays en passant sous la mer Baltique et donc en contournant les axes Biélorussie, Ukraine, Pologne. Nord Stream 1 (1 230 km) avait été inauguré en 2011. Un deuxième pipeline doublant le premier, Nord Stream 2, était terminé mais sa mise en service avait été suspendue début 2022 pour sanctionner la Russie. Cette double liaison ne fonctionne techniquement plus : elle a été sabotée le 26 septembre 2022 occasionnant d'importantes fuites de gaz.
Au sud
Blue Stream – Depuis 2003, le gazoduc Blue Stream (1 213 km, dont 400 km sous la mer Noire), alimente la Turquie. La Russie avait envisagé de donner plus d'ampleur à cette route avec South Stream, destiné à aller jusqu’au cœur de l’Europe. Mais elle y a renoncé fin 2014. Il s’agissait du pendant de Nord Stream, contournant l’Ukraine.
Turk Stream – La Russie s’est repliée sur un projet plus modeste. En janvier 2020 elle a inauguré Turk Stream (ou Turkish Stream), qui traverse la mer Noire jusqu’à la Turquie, à charge pour les pays européens d’aller chercher le gaz à la frontière entre la Turquie et la Grèce. Il est devenu le seul gazoduc opérationnel reliant la Russie à l’Europe.
Vers la mer Caspienne
Nabucco – L’Union européenne a pendant quelque temps envisagé l’idée d’un grand pipeline qui serait allé chercher le gaz des pays producteurs autour de la mer Caspienne, notamment l’Azerbaïdjan, voire l'Iran. Initié en 2002 pour desserrer la dépendance au gaz russe, le projet est aujourd’hui abandonné. S’y est substitué le corridor gazier sud-européen, constitué de trois gazoducs complémentaires, à savoir :
- SCP (South Caucasus Pipeline) - Long de 692 km, il relie l’Azerbaïdjan à la Turquie en passant par la Géorgie.
- TANAP (Trans Anatolian Natural Gas Pipeline) - Long de 1 850 km, il assure à travers le territoire turc le passage du gaz venu de la mer Caspienne vers l’Europe.
- TAP (Trans Adriatic Pipeline) - Ouvert fin 2020, long de 878 km, il complète le corridor sud-européen en traversant la Bulgarie, la Grèce, l'Albanie et la mer Adriatique avant d’arriver dans le sud de l’Italie. L’Azerbaïdjan a commencé fin 2021 à y envoyer du gaz vers l’Europe. Ses exportations vers l’Europe ont augmenté de quelque 30 % depuis la guerre en Ukraine.